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Et si nous prenions un temps de pause?

Suite au Vipassana dont j’ai fait l’expérience durant 10 jours du mercredi 13 au dimanche 24 novembre 2019, je voulais prendre le temps de partager avec vous mon expérience et ce que je retiens de cette aventure, tellement humaine.


Vipassana est une technique de méditation basée sur la transformation de nos anciens schémas mentaux par l’observation de soi au travers des sensations que l’on ressent dans notre corps. Si vous souhaitez en apprendre davantage sur l’histoire de Vipassana, vous trouverez ici plus de détails: https://www.dhamma.org/fr/about/vipassana.


"J’ai ainsi appris de par mon expérience durant ce Vipassana, que la méditation est un vrai levier et une vraie solution à tout cela en nous offrant un temps de pause, un temps avec soi-même, un rendez-vous journalier avec soi-même dans le but de mieux nous connaître nous-même."

Durant ces 10 jours, on passe donc à travers différentes étapes d’apprentissage pour au fur et à mesure aiguiser notre esprit et l’entraîner à mieux percevoir les sensations sur notre corps. Bien évidemment, cet entraînement passe par des heures et des heures de méditation chaque jour dans le but d’apprendre et d’affiner notre perception aux sensations que l’on ressent à chaque instant sur l’ensemble de notre corps.


J’ai vécu des moments très compliqués à gérer avec moi-même où je n’arrivais pas à me concentrer et à faire la pratique et où littéralement je m’enrageais contre moi-même (on est d’ailleurs parfois à ces occasions, horriblement dur avec soi-même). Je me souviens de m’être dit des choses que je ne dirais clairement pas à personne de mon entourage, mais parce que c’était pour moi, alors je n’avais pas vraiment de filtre, quitte à me dire que j'étais nul, que je n’étais pas fait pour ça… Quelques exemples pour vous donner le ton! Je me suis tellement tendu, que j’ai même réussi à me déclencher une migraine tout seul qui a commencé jour 3 et ce jusqu’à la fin du séjour!


"C’est fou le mal que l’on peut se faire tout seul, on n'a vraiment besoin de personne!!"

À certains moments, j’avais carrément l’impression d’être en prison avec moi-même, impossible de m’échapper, il me fallait donc me faire face et m’affronter. Alors, heureusement, j’ai également vécu de magnifiques moments de paix intérieure et d’harmonie, avec la sensation que l’on appelle le flux libre: ressentir des sensations agréables, comme un léger flux énergétique qui parcourt tout le corps. En échangeant avec d’autres participants à la fin, ces sensations du flux libre divergent vraiment en fonction des personnes. Bref, des hauts et des bas de la même intensité, qui illustrent bien ce qu’ils veulent nous faire comprendre: la nature impermanente des choses et qu’il ne faut donc pas s’y attacher, pas de désirs pour les sensations agréables et pas d'aversion pour les sensations douloureuses ou désagréables, puisqu’au final, rien ne dure, tout change continuellement. Ainsi, il faut donc rester le plus équanime possible (un nouveau mot que j’ai ajouté dans mon vocabulaire), c’est-à-dire observer ses sensations réelles dans le présent, comme elles se présentent, et de ne pas y réagir: pas de désirs ou d’aversions. Juste être son propre témoin, observer son comportement, ses mécanismes face aux sensations agréables et désagréables et arrêter d’être sans cesse dans la réaction: une sensation agréable, géniale, j’en veux encore, je suis donc dans le désir, dans l’attente de retrouver cette sensation, ou bien une sensation désagréable, une douleur, j’aime pas ça, j’en veux pas, je veux que ça cesse et ainsi on développe de l'aversion, du rejet, voire de la haine. Nous sommes donc ainsi, sans cesse dans la réaction de ses sensations, sans vraiment se rendre compte de ce mécanisme biochimique qui se passe à chaque instant dans notre corps. Nous sommes dans l’ignorance de ce mécanisme.



Ne jouons pas le jeu des sensations


À travers l’observation du mécanisme des sensations, j’ai donc par mon expérience compris qu’il ne fallait pas jouer le jeu des sensations, de ne pas avoir d’attachement pour les sensations agréables et de rejet pour les sensations désagréables, puisqu’au final, c’est cela qui crée notre propre souffrance. Ce désir de vouloir sans cesse revivre quelque chose qui nous fût agréable, alors que l’on sait au fond de nous que c’est impossible de revivre exactement le même moment. Il nous faut donc essayer le plus possible de vivre dans le présent et non entre le passé et le futur, d’arrêter de penser que nos problèmes, nos souffrances sont à l’extérieur de nous et qu’ils sont liés aux autres, que s'ils ne changeaient, ne serait-ce qu’un peu, alors nous serions si mieux, tout serait si mieux. Si mon chum ou ma blonde, tu vois, change juste ça ou bien ça alors je serais tellement mieux. Et si nous nous changions nous, un peu? N'a-t-on pas à 100% la responsabilité et la maîtrise de nos réactions face à nos sensations créées soit directement par nous ou bien même par les autres? Et si nous commencions par appliquer le changement que nous attendons des autres à nous-même? Soyons le changement et arrêtons ainsi d’attendre qu’un miracle arrive et que les autres changent


Et si nous faisions un pacte avec nous-même aujourd'hui et maintenant?


Il est important de nos jours de prendre un temps de pause pour réaliser tout cela. Nos vies quotidiennes sont tellement intenses et chargées de par nos responsabilités familiales et professionnelles. Nous ne prenons pas le temps de faire pause et de réfléchir à tout cela. Lorsque nous réussissons à prendre du temps pour soi, c’est essentiellement pour fuir nos problèmes ou nos soucis et non pas en les confrontant, nous allons donc boire une bière (ou des!) avec des amis, allons au cinéma, regardons une série Netflix (quand c’est pas plusieurs!) ou quelques autres activités nous permettant de nous évader un tant soit peu de notre quotidien. Nous nous disons pourtant si heureux! Est-ce cela la définition du bonheur? Alors, je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut enlever tout divertissement de notre vie, bien sûr que non, il y a des choses tellement merveilleuses et inspirantes! Mais si nous faisions un pacte avec nous-même aujourd’hui et maintenant? D’arrêter de se mentir, et juste prendre conscience, être en pleine conscience, des décisions que nous prenons, de ce qui motive cette décision, et que nous prenions conscience du mal-être dans lequel nous nous trouvons, qui parfois nous pousse à avoir besoin de se vider la tête et de penser à autre chose.


C’est faire preuve de tellement de courage, d’amour et de bienveillance envers soi-même que de s'avouer que parfois ça ne va pas et regarder le problème en face, s'asseoir avec ce problème et l’observer pour comprendre sa nature, ses sensations sur notre corps, les réactions que cela projette dans notre quotidien et envers les autres. Ah oui parce que lorsque nous ne sommes pas bien, en plus de se faire du mal à soit, nous faisons aussi du mal aux personnes qui nous entourent, nous les rendons malheureux, alors clairement pas de manière intentionnelle bien-sûr, mais la réalité, c’est que nous projetons notre souffrance sur les autres: nos enfants, notre conjoint(e), nos amies, nos collègues... Nous faisons donc du mal aux gens que nous aimons, sans en avoir conscience.


Et c’est correct, parce que tout est correct! Tout est impermanent, ce que nous vivons, au moment même où vous lisez ces lignes, elles font déjà parties du passé. Tout change, rien ne dure! Avec ce fait, vous avez ainsi la possibilité de faire que demain ne ressemble pas à hier ou encore même que l’heure qui va suivre, ne soit pas l’heure qui vient de s’écouler. Et si nous lâchions prise sur tout ce dont nous n'avons pas le contrôle?